L’industrie musicale a grandement évolué, particulièrement ces dernières années avec l’arrivée d’Internet et de l’hyperconnexion. Les artistes sont nombreux, alors comment se faire remarquer et se démarquer dans la sphère publique? Le marketing numérique! Les Shorts et les Reels dominent, et les musiciens le savent bien. Un refrain court, très travaillé et mémorable. De la personnalisation poussée par les puissants algorithmes. Peut-être avez-vous déjà entendu une mélodie avec un excellent refrain, mais dont le reste de la musique semblait moins harmonieux? On peut penser à la chanson Mad at Disney, devenue virale sur TikTok grâce à son refrain largement repris dans les vidéos courtes. Une question se pose alors : les musiques sont-elles créées pour l’art ou pour l’algorithme? Tentons de comprendre.
Être viral sur les réseaux sociaux
Les plateformes comme Facebook Reels ou YouTube Shorts permettent à n’importe quel créateur de devenir viral. Cette viralité est importante pour les artistes émergents qui cherchent non seulement à promouvoir leur musique, mais aussi à plaire et à prouver leur valeur aux producteurs de ce monde.
Plusieurs tactiques sont utilisées pour percer sur les réseaux sociaux :
- des vidéos visuellement attractives;
- des textes qui peuvent faire sentir les utilisateurs uniques, comme « POV : the algorithm chose you because you have good taste in music »;
- des textes pour attirer la sympathie;
- des textes pour attirer l’engagement par le dark social, comme « POV : Send this song to your mate who likes indie rock music! ».
Cette quête de la viralité est même devenue un moteur économique pour certaines compagnies qui se spécialisent dans le marketing musical. La promotion de ces services passe par des données chiffrées mises en ligne par TikTok, alléguant que « 84 % des titres du Billboard Global 200 deviennent viraux sur TikTok ».

Une musique pensée pour les algorithmes
Les hooks sont déterminants pour capter l’attention dès les premières secondes; ils sont donc écrits et pensés pour les vidéos courtes. Pareil pour les refrains. Les refrains sont courts et mémorables, avec une sonorité facilement reconnaissable. L’industrie musicale pousse les musiciens à créer leur musique à partir de ces refrains au haut potentiel de viralité. En plus de la sonorité, les plateformes utilisent la personnalisation algorithmique pour présenter ces chansons aux utilisateurs les plus susceptibles de les apprécier. Dès qu’une vidéo est vue pendant plusieurs secondes, l’algorithme va pousser du contenu similaire à l’utilisateur, donc d’autres vidéos de la même musique avec une vidéo d’arrière-plan possiblement différente.
Comme chaque utilisateur a sa propre chambre à écho, il peut être facile pour les algorithmes de renvoyer du contenu et de trouver l’audience cible de cet artiste.
Les limites d’une nouvelle réalité
Ce type d’outil marketing a toutefois quelques limites. Plusieurs musiciens émergents peuvent percer sur les réseaux sociaux, permettant une visibilité accrue et une démocratisation du métier. MAIS. En essayant d’uniformiser la technique de création, les chansons perdent de leur unicité. L’industrie est alors saturée de mélodies plus ou moins similaires, construites essentiellement à partir de quelques secondes. Cet exercice met aussi une énorme pression sur les épaules des musiciens qui veulent se lancer dans l’univers musical.
Les vidéos courtes ont complètement changé la façon de promouvoir une chanson. Elles influencent désormais la façon dont les chansons sont créées. Devenir viral est devenu un objectif presque aussi important que de produire une bonne musique. Reste à savoir jusqu’où les artistes sont prêts à adapter leur créativité pour y arriver.
