Depuis quelques années, une nouvelle manière de consommer l’information s’est imposée: le snack content. Ces vidéos courtes, dynamiques et addictives occupent une place centrale dans nos vies numériques. Conçus pour captiver en quelques secondes, ces formats séduisent des millions d’utilisateurs, mais soulèvent aussi des interrogations sur notre attention, notre rapport à la culture et même notre façon d’apprendre.
Le snack content regroupe les contenus ultra-courts, pensés pour être consommés rapidement, comme les stories, réels et vidéos de 15 à 60 secondes. Leur popularité a explosé avec Instagram, Snapchat et surtout TikTok, qui a imposé ce style comme une norme mondiale. Le concept n’est pourtant pas nouveau. Vine proposait déjà des vidéos de six secondes en 2013, mais TikTok a transformé ce format en succès international.
Une addiction à la dopamine
Derrière sa popularité se cache un mécanisme… La dopamine. Chaque contenu amusant ou surprenant déclenche une petite libération de ce neurotransmetteur, associé au plaisir et à la récompense. Résultat, l’utilisateur ressent le besoin de continuer à scroller, dans l’attente de retrouver la même satisfaction. Les plateformes exploitent parfaitement cette logique grâce à algorithme précis, presque impossible à quitter, qui fragmente et disperse l’attention.
Si ces formats séduisent par leur efficacité, ils façonnent aussi une “culture du vide”. L’information est souvent réduite à un résumé ou une punchline, rapidement digérée puis oubliée. Or, les sujets complexes nécessitent du temps et de la profondeur. À force de consommer ces micro-contenus, il devient plus difficile de se plonger dans un livre, de suivre une conférence ou de développer une
réflexion critique.
Les avantages… et inconvénients du snack content
Pourtant, les contenus rapides ne sont pas qu’une menace. Leurs atouts sont évidents. Ils rendent le savoir accessible en quelques secondes, stimulent la créativité en permettant à chacun de produire des contenus originaux avec peu de moyens, et facilitent une communication rapide et percutante, parfaitement adaptée à un public pressé. Dans certains cas, ces formats courts éveillent même la curiosité et ouvrent la voie vers des contenus plus longs. Les risques restent néanmoins préoccupants. L’habitude des contenus rapides réduit les capacités de se focus sur un sujet. Ce qui entretient une forme d’addiction au scroll infini et encourage une pensée simplifiée où la profondeur est sacrifiée au profit du divertissement immédiat. Ces effets touchent particulièrement les jeunes générations, qui construisent encore leur rapport à l’information.
Vers un équilibre nécessaire
Tout indique que le snack content continuera à dominer le paysage numérique. Mais des évolutions sont déjà visibles: TikTok propose désormais des vidéos de plusieurs minutes, YouTube combine shorts et formats longs, et certains créateurs réussissent à concilier rapidité et dimension éducative. Ces tendances pourraient transformer le snack content en tremplin vers des formats plus riches. Mais selon moi, la véritable solution réside sans doute dans l’équilibre. Les vidéos courtes peuvent rester des amuse-bouche divertissants, mais elles ne devraient pas remplacer les repas complets que sont les livres, les podcasts ou les documentaires. Préserver la concentration et l’esprit critique demande de varier les formats et d’accepter que certaines choses prennent du temps. Car comprendre réellement exige patience et effort.
Elisa Savidis